Le Livre de la jungle

The Jungle Book

de Rudyard Kipling

by Rudyard Kipling

Traduction par Louis Fabulet et Robert d’Humières
(Deuxième édition)
(1894)

Service de la Reine

Her Majesty's Servants

Il avait plu à verse pendant un grand mois — plu sur un camp de trente mille hommes et de milliers de chameaux, d’éléphants, de chevaux, de bœufs, et de mulets, tous rassemblés dans un endroit appelé Rawal Pindi, pour être passés en revue par le vice-roi de l’Inde.

Le vice-roi recevait la visite de l’Émir d’Afghanistan — roi sauvage d’un pays plus sauvage encore ; et l’Émir avait amené comme garde du corps huit cents hommes avec leurs chevaux, qui n’avaient jamais vu un camp ni une locomotive de leur vie — des hommes sauvages et des chevaux sauvages nés quelque part au fond de l’Asie centrale. Chaque nuit on pouvait être sûr qu’une troupe de ces chevaux briseraient leurs entraves et galoperaient du haut en bas du camp à travers la boue, dans l’obscurité, ou que les chameaux rompraient leurs entraves, et se mettraient à courir et à tomber par-dessus les cordes des tentes, et l’on peut imaginer quel agrément c’était là pour des gens qui avaient envie de dormir.

Ma tente était dressée loin des lignes de chameaux, et je la croyais à l’abri ; mais, une nuit quelqu’un passa brusquement la tête dans l’intérieur et cria :

— Sortez, vite ! Ils viennent ! Ma tente est par terre !

It had been raining heavily for one whole month—raining on a camp of thirty thousand men, thousands of camels, elephants, horses, bullocks, and mules, all gathered together at a place called Rawal Pindi, to be reviewed by the Viceroy of India. He was receiving a visit from the Amir of Afghanistan—a wild king of a very wild country; and the Amir had brought with him for a bodyguard eight hundred men and horses who had never seen a camp or a locomotive before in their lives—savage men and savage horses from somewhere at the back of Central Asia. Every night a mob of these horses would be sure to break their heel-ropes, and stampede up and down the camp through the mud in the dark, or the camels would break loose and run about and fall over the ropes of the tents, and you can imagine how pleasant that was for men trying to go to sleep. My tent lay far away from the camel lines, and I thought it was safe; but one night a man popped his head in and shouted, "Get out, quick! They're coming! My tent's gone!"

Je savais qui ce « ils » voulait dire ; aussi j’enfilai mes bottes, mon caoutchouc, et je me précipitai dehors dans le gâchis. La petite Vixen, mon fox-terrier, sortit par l’autre côté ; puis, on entendit gronder, grogner, gargouiller, et je vis la tente s’affaisser, tandis que le mât se cassait net, et se mettre à danser comme un fantôme en démence. Un chameau s’était embarrassé dedans, et, tout mouillé et furieux que je fusse, je ne pus m’empêcher de rire. Puis je continuai à courir, car je ne savais pas combien de chameaux pouvaient s’être échappés ; et, en peu de temps j’étais hors de vue du camp, pataugeant à travers la boue. À la fin, je trébuchai sur la culasse d’un canon, et je me rendis compte que je me trouvais dans le voisinage des lignes de l’artillerie, là où on dételait les canons pour la nuit. Comme je ne voulais pas barboter plus longtemps dans la bruine et dans le noir, je mis mon caoutchouc sur la bouche d’un canon, construisis une sorte de wigwam à l’aide de deux ou trois refouloirs trouvés là par hasard, et je m’étendis le long de l’affût d’un autre canon, me demandant où était passée Vixen, et où je pouvais bien me trouver moi-même.

I knew who "they" were; so I put on my boots and waterproof and scuttled out into the slush. Little Vixen, my fox-terrier, went out through the other side; and then there was a roaring and a grunting and bubbling, and I saw the tent cave in, as the pole snapped, and begin to dance about like a mad ghost. A camel had blundered into it, and wet and angry as I was, I could not help laughing. Then I ran on, because I did not know how many camels might have got loose, and before long I was out of sight of the camp, plowing my way through the mud.

At last I fell over the tail-end of a gun, and by that knew I was somewhere near the Artillery lines where the cannon were stacked at night. As I did not want to plowter about any more in the drizzle and the dark, I put my waterproof over the muzzle of one gun, and made a sort of wigwam with two or three rammers that I found, and lay along the tail of another gun, wondering where Vixen had got to, and where I might be.

Au moment où je me préparais à dormir, j’entendis un cliquetis de harnais et un grognement, tandis qu’un mulet passait devant moi en secouant ses oreilles mouillées. Il appartenait à une batterie de canons à vis, car je pus entendre un bruit de courroies, d’anneaux, de chaînes, et de toutes sortes de choses sur sa selle matelassée. — Les canons à vis sont de tout petits canons faits de deux parties que l’on visse ensemble quand arrive le moment de s’en servir. On les hisse sur les montagnes, partout où peut passer un mulet et ils sont d’un grand secours en terrain rocailleux.

Just as I was getting ready to sleep I heard a jingle of harness and a grunt, and a mule passed me shaking his wet ears. He belonged to a screw-gun battery, for I could hear the rattle of the straps and rings and chains and things on his saddle-pad. The screw-guns are tidy little cannon made in two pieces, that are screwed together when the time comes to use them. They are taken up mountains, anywhere that a mule can find a road, and they are very useful for fighting in rocky country.

Derrière le mulet, il y avait un chameau, dont les gros pieds mous s’écrasaient et glissaient dans la boue, et qui balançait le cou comme une poule égarée. Heureusement, je connaissais assez le langage des bêtes — non pas celui des bêtes sauvages, mais le langage des bêtes de camp, naturellement — que m’avaient appris des indigènes, pour savoir ce qu’il disait. Ce devait être le même qui s’était étalé dans ma tente, car il interpella le mulet :

— Que faire ! Où aller ? Je me suis battu avec une chose blanche qui flottait, et elle a pris un bâton et m’a frappé sur le cou.

C’était le mât brisé de ma tente, et je fus très content de le savoir.

— Continuons-nous à courir ?

Behind the mule there was a camel, with his big soft feet squelching and slipping in the mud, and his neck bobbing to and fro like a strayed hen's. Luckily, I knew enough of beast language—not wild-beast language, but camp-beast language, of course—from the natives to know what he was saying.

He must have been the one that flopped into my tent, for he called to the mule, "What shall I do? Where shall I go? I have fought with a white thing that waved, and it took a stick and hit me on the neck." (That was my broken tent-pole, and I was very glad to know it.) "Shall we run on?"

— Oh, c’est vous, dit le mulet, vous et vos amis, qui avez ainsi bouleversé le camp ? Parfait. Vous serez battu pour cela ce matin, mais je peux aussi bien vous donner un acompte.

"Oh, it was you," said the mule, "you and your friends, that have been disturbing the camp? All right. You'll be beaten for this in the morning; but I may as well give you something on account now."

J’entendis le cliquetis des harnais, et le chameau reçut dans les côtes deux ruades qui sonnèrent comme sur un tambour.

— Cela vous apprendra, dit-il, à courir une autre fois, à travers une batterie de mulets, la nuit, en criant : Au voleur et au feu ! Couchez-vous, et tenez votre grand niais de cou tranquille.

I heard the harness jingle as the mule backed and caught the camel two kicks in the ribs that rang like a drum. "Another time," he said, "you'll know better than to run through a mule-battery at night, shouting 'Thieves and fire!' Sit down, and keep your silly neck quiet."

Le chameau se replia à la façon des chameaux, en équerre, et se coucha en geignant. On entendit dans l’obscurité un bruit rythmé de sabots sur le sol, et un grand cheval de troupe arriva au petit galop d’ordonnance, comme s’il avait été à la parade, franchit la culasse d’un canon, et retomba tout près du mulet.

The camel doubled up camel-fashion, like a two-foot rule, and sat down whimpering. There was a regular beat of hoofs in the darkness, and a big troop-horse cantered up as steadily as though he were on parade, jumped a gun-tail, and landed close to the mule.

— C’est honteux, — dit-il, en soufflant par les naseaux. — Ces chameaux ont encore dévalé dans nos lignes… c’est la troisième fois cette semaine. Le moyen pour un cheval de rester en forme si on ne le laisse pas dormir !… Qui est ici ?

"It's disgraceful," he said, blowing out his nostrils. "Those camels have racketed through our lines again—the third time this week. How's a horse to keep his condition if he isn't allowed to sleep? Who's here?"

— Je suis le mulet de la pièce de culasse du canon numéro deux de la Première Batterie à Vis, dit le mulet, et l’autre est un de vos amis. Il m’a réveillé aussi. Et vous ?

"I'm the breech-piece mule of number two gun of the First Screw Battery," said the mule, "and the other's one of your friends. He's waked me up too. Who are you?"

— Numéro quinze, troupe E., Cinquième Lanciers… Le cheval de Dick Cunliffe. Un peu de place, s’il vous plaît, là.

"Number Fifteen, E troop. Ninth Lancers— Dick Cunliffe's horse. Stand over a little, there."

— Oh, pardon, dit le mulet. Il fait si noir qu’on n’y voit guère. Ces chameaux sont-ils assez écœurants ? J’ai quitté mes lignes pour chercher un peu de calme et de tranquillité par ici.

"Oh, beg your pardon," said the mule. "It's too dark to see much. Aren't these camels too sickening for anything? I walked out of my lines to get a little peace and quiet here."

— Messeigneurs, dit le chameau avec humilité, nous avons fait de mauvais rêves dans la nuit, et nous avons eu très peur ! Je ne suis qu’un des chameaux de convoi du 39e d’Infanterie Indigène, et je ne suis pas aussi brave que vous, Messeigneurs.

"My lords," said the camel humbly, "we dreamed bad dreams in the night, and we were very much afraid. I am only a baggage-camel of the 39th Native Infantry, and I am not so brave as you are, my lords."

— Alors pourquoi n’êtes-vous pas resté à porter les bagages du 39e d’Infanterie Indigène, au lieu de courir partout dans le camp ? dit le mulet.

"Then why the pickets didn't you stay and carry baggage for the 39th Native Infantry, instead of running all round the camp?" said the mule.

— C’étaient de si mauvais rêves, dit le chameau. Je suis bien fâché. Écoutez !… Qu’est-ce que c’est ?… Faut-il courir encore ?

"They were such very bad dreams," said the camel. "I am sorry. Listen! What is that? Shall we run on again?"

— Couchez-vous, dit le mulet, ou bien vous allez vous rompre vos longues perches de jambes entre les canons. Il dressa une oreille et écouta.

— Des bœufs ! dit-il. Des bœufs de batterie. Ma parole, vous et vos amis vous avez réveillé le camp pour de bon ! Il faut un joli boucan pour faire lever un bœuf de batterie.

"Sit down," said the mule, "or you'll snap your long legs between the guns." He cocked one ear and listened. "Bullocks!" he said; "gun-bullocks. On my word, you and your friends have waked the camp very thoroughly. It takes a good deal of prodding to put up a gun-bullock."

J’entendis une chaîne traîner à ras du sol, et un attelage de ces grands bœufs blancs taciturnes, qui traînent les lourds canons de siège quand les éléphants ne veulent plus avancer sous le feu, arriva en s’épaulant ; sur leurs talons, marchant presque sur la chaîne, suivait un autre mulet de batterie, qui appelait avec affolement « Billy ».

I heard a chain dragging along the ground, and a yoke of the great sulky white bullocks that drag the heavy siege-guns when the elephants won't go any nearer to the firing, came shouldering along together; and almost stepping on the chain was another battery-mule, calling wildly for "Billy."

— C’est une de nos recrues, dit le vieux mulet au cheval de troupe. Ici, jeunesse. Assez braillé, l’obscurité n’a jamais encore fait de mal à personne.

"That's one of our recruits," said the old mule to the troop-horse. "He's calling for me. Here, youngster, stop squealing; the dark never hurt anybody yet."

Les bœufs de batterie se couchèrent en même temps et se mirent à ruminer, mais le jeune mulet se blottit contre Billy.

The gun-bullocks lay down together and began chewing the cud, but the young mule huddled close to Billy.

— Des choses ! dit-il. D’affreuses et horribles choses, Billy ! C’est entré dans nos lignes tandis que nous dormions. Pensez-vous que ça va nous tuer ?

"Things!" he said; "fearful and horrible things, Billy! They came into our lines while we were asleep. D'you think they'll kill us ?"

— J’ai grande envie de vous donner un coup de pied numéro un, dit Billy. A-t-on idée d’un mulet de quatre pieds six pouces avec votre éducation, qui déshonore la Batterie devant ce Gentleman.

"I've a very great mind to give you a number one kicking," said Billy. "The idea of a fourteen-hand mule with your training disgracing the battery before this gentleman!"

— Doucement, doucement ! dit le cheval de troupe. Souvenez-vous qu’on est toujours comme cela pour commencer. La première fois que j’ai vu un homme (c’était en Australie, et j’avais trois ans), j’ai couru une demi-journée, et si cela eût été un chameau, je courrais encore.

"Gently, gently!" said the troop-horse. "Remember they are always like this to begin with. The first time I ever saw a man (it was in Australia when I was a three-year-old) I ran for half a day, and if I'd seen a camel I should have been running still."

Presque tous nos chevaux de cavalerie anglaise, dans l’Inde, sont importés de l’Australie, et dressés par les soldats eux-mêmes.

Nearly all our horses for the English cavalry are brought to India from Australia, and are broken in by the troopers themselves.

— C’est vrai, après tout, dit Billy. Assez tremblé comme cela, jeunesse. La première fois qu’on me posa sur le dos le harnais complet avec toutes ses chaînes, je me mis debout sur mes jambes de devant, et à force de ruades je jetai tout par terre. Je n’avais pas encore acquis la véritable science de ruer, mais ceux de la batterie disaient qu’ils n’avaient jamais rien vu de pareil.

"True enough," said Billy. "Stop shaking, youngster. The first time they put the full harness with all its chains on my back, I stood on my fore legs and kicked every bit of it off. I hadn't learned the real science of kicking then, but the battery said they had never seen anything like it."

— Mais ce n’était ni harnais ni rien qui tintât, dit le jeune mulet. Vous savez, Billy, que maintenant cela m’est égal. C’étaient des choses grandes comme des arbres, et elles tombaient du haut en bas des lignes et gargouillaient ; ma bride s’est cassée et je ne pouvais pas trouver mon conducteur… je ne pouvais même pas vous trouver, Billy ; alors je me suis sauvé avec… avec ces Gentlemen.

"But this wasn't harness or anything that jingled," said the young mule. "You know I don't mind that now, Billy. It was Things like trees, and they fell up and down the lines and bubbled; and my head-rope broke, and I couldn't find my driver, and I couldn't find you, Billy, so I ran off with—with these gentlemen."

— Hum ! dit Billy. Aussitôt que j’ai entendu dire que les chameaux étaient échappés, je m’en suis allé pour mon propre compte. Pour qu’un mulet de batterie… de batterie de canons à vis,… appelle gentlemen des bœufs de batterie, il faut qu’il se sente bien ému. Qui êtes-vous, vous autres, là par terre ?

"H'm!" said Billy. "As soon as I heard the camels were loose I came away on my own account, quietly. When a battery—a screw-gun mule calls gun-bullocks gentlemen, he must be very badly shaken up. Who are you fellows on the ground there?"

Les bœufs refoulèrent leur nourriture, et répondirent tous deux à la fois :

— Le septième joug du premier canon de la Grosse Batterie de Siège. Nous dormions lorsque les chameaux sont arrivés, mais quand on nous a marché dessus, nous nous sommes levés et nous sommes partis. Il vaut mieux dormir tranquilles dans la boue que d’être dérangés sur une bonne litière. Nous avons dit à votre ami ici qu’il n’y avait pas de quoi s’effrayer, mais il savait tant de choses qu’il en a pensé autrement. Wah !

The gun-bullocks rolled their cuds, and answered both together: "The seventh yoke of the first gun of the Big Gun Battery. We were asleep when the camels came, but when we were trampled on we got up and walked away. It is better to lie quiet in the mud than to be disturbed on good bedding. We told your friend here that there was nothing to be afraid of, but he knew so much that he thought otherwise. Wah!"

Ils continuèrent à ruminer.

They went on chewing.

— Voilà ce que c’est que d’avoir peur, dit Billy. On se fait blaguer par des bœufs de batterie. Je pense que cela vous fait plaisir, jeunesse.

"That comes of being afraid," said Billy. "You get laughed at by gun-bullocks. I hope you like it, young'un."

Les dents du jeune mulet sonnèrent, et j’entendis qu’il parlait de ne pas avoir peur d’aucun vieux bifteck du monde ; mais les bœufs se contentèrent de faire cliqueter leurs cornes l’un contre l’autre, et continuèrent à ruminer.

The young mule's teeth snapped, and I heard him say something about not being afraid of any beefy old bullock in the world; but the bullocks only clicked their horns together and went on chewing.

— Maintenant, ne vous mettez pas en colère après avoir eu peur. C’est la pire espèce de couardise, dit le cheval de troupe. Il est très pardonnable d’avoir peur la nuit, à mon avis, lorsqu’on voit des choses qu’on ne comprend pas. Nous nous sommes échappés de nos piquets des douzaines de fois, par bandes de quatre cent cinquante ensemble, et cela parce qu’une nouvelle recrue s’était mise à nous raconter des histoires de serpents-fouets qu’on trouve chez nous, en Australie, au point que nous mourions de peur à la seule vue des cordes pendantes de nos licous.

"Now, don't be angry after you've been afraid. That's the worst kind of cowardice," said the troop-horse. "Anybody can be forgiven for being scared in the night, I think, if they see things they don't understand. We've broken out of our pickets, again and again, four hundred and fifty of us, just because a new recruit got to telling tales of whip-snakes at home in Australia till we were scared to death of the loose ends of our head-ropes."

— Tout cela est très bien dans le camp, dit Billy ; je ne laisse pas de m’emballer moi-même, pour la farce, quand je ne suis pas sorti depuis un jour ou deux ; mais que faites-vous en campagne ?

"That's all very well in camp," said Billy; "I'm not above stampeding myself, for the fun of the thing, when I haven't been out for a day or two; but what do you do on active service?"

— Oh, c’est une tout autre paire de manches, dit le cheval de troupe. Dick Cunliffe est alors sur mon dos, et m’enfonce ses genoux dans les côtes ; tout ce que j’ai à faire, c’est de regarder où je mets le pied, de bien rassembler mon arrière-main, et d’obéir aux rênes.

"Oh, that's quite another set of new shoes," said the troop-horse. "Dick Cunliffe's on my back then, and drives his knees into me, and all I have to do is to watch where I am putting my feet, and to keep my hind legs well under me, and be bridle-wise."

— Qu’est-ce que c’est que cela : obéir aux rênes ? demanda le jeune mulet.

"What's bridle-wise?" said the young mule.

— Par les gommiers bleus d’Australie, renâcla le cheval de troupe, voulez-vous me faire croire qu’on ne vous a pas appris dans votre métier ce que c’est que d’obéir aux rênes ? À quoi êtes-vous bons si vous ne pouvez pas tourner tout de suite lorsque la rêne vous touche l’encolure ? C’est une question de vie ou de mort pour votre homme, et naturellement de vie ou de mort pour vous. On commence à appuyer, l’arrière-main rassemblé, au moment où on sent la pression de la rêne sur l’encolure. Si on n’a pas la place de tourner, on pointe un peu et on se reçoit sur ses jambes de derrière. Voilà ce que c’est que d’obéir aux rênes.

"By the Blue Gums of the Back Blocks," snorted the troop-horse, "do you mean to say that you aren't taught to be bridle-wise in your business? How can you do anything, unless you can spin round at once when the rein is pressed on your neck? It means life or death to your man, and of course that's life or death to you. Get round with your hind legs under you the instant you feel the rein on your neck. If you haven't room to swing round, rear up a little and come round on your hind legs. That's being bridle-wise."

— On ne nous apprend pas les choses de cette façon, — dit Billy, le mulet, froidement. — On nous enseigne à obéir à l’homme qui est à notre tête : à avancer lorsqu’il nous le dit, et à reculer lorsqu’il nous le dit également. Je suppose que cela revient au même. Maintenant, après tout ce beau métier de fantasia et de panache ; qui doit être bien mauvais pour vos jarrets, à quoi en arrivez-vous ?

"We aren't taught that way," said Billy the mule stiffly. "We're taught to obey the man at our head: step off when he says so, and step in when he says so. I suppose it comes to the same thing. Now, with all this fine fancy business and rearing, which must be very bad for your hocks, what do you do?"

— Cela dépend, dit le cheval de troupe. Généralement, il me faut entrer au milieu d’un tas d’hommes hurlants et chevelus, armés de couteaux… de longs couteaux brillants, pires que les couteaux du vétérinaire… et il me faut faire attention à ce que la botte de Dick touche juste, sans appuyer, la botte de son voisin. Je peux voir la lance de Dick à droite de mon œil droit, et je sais qu’il n’y a pas de danger. Je ne voudrais pas être l’homme ou le cheval qui se trouveraient dans notre chemin à Dick et à moi, lorsque nous sommes pressés.

"That depends," said the troop-horse. "Generally I have to go in among a lot of yelling, hairy men with knives,—long shiny knives, worse than the farrier's knives,—and I have to take care that Dick's boot is just touching the next man's boot without crushing it. I can see Dick's lance to the right of my right eye, and I know I'm safe. I shouldn't care to be the man or horse that stood up to Dick and me when we're in a hurry."

— Est-ce que les couteaux font mal ? demanda le jeune mulet.

"Don't the knives hurt?" said the young mule.

— Eh bien… j’en ai reçu un coup à travers le poitrail une fois… mais ce n’était pas la faute de Dick…

"Well, I got one cut across the chest once, but that wasn't Dick's fault—"

— Je me serais bien occupé de qui c’était la faute, si on m’avait fait mal ! interrompit le jeune mulet.

"A lot I should have cared whose fault it was, if it hurt!" said the young mule.

— Il le faut, repartit le cheval de troupe. Si vous n’avez pas confiance dans votre homme, vous pouvez aussi bien décamper tout de suite. C’est ce que font quelques-uns de nos chevaux, et je ne les blâme pas. Comme je le disais, ce n’était pas la faute de Dick. L’homme était couché sur le sol, et je m’allongeais pour ne pas l’écraser, mais il me lança une estafilade de bas en haut. La prochaine fois que j’aurai à franchir un homme couché par terre, je poserai le pied dessus… et ferme.

"You must," said the troop-horse. "If you don't trust your man, you may as well run away at once. That's what some of our horses do, and I don't blame them. As I was saying, it wasn't Dick's fault. The man was lying on the ground, and I stretched myself not to tread on him, and he slashed up at me. Next time I have to go over a man lying down I shall step on him—hard."

— Hem ! dit Billy ; tout cela paraît bien absurde. Les couteaux sont de sales instruments en toutes circonstances. Ce qu’il y a de mieux, c’est d’escalader une montagne, une selle bien équilibrée sur le dos, de se cramponner des quatre pieds et des oreilles, de grimper, ramper et se faufiler, jusqu’à ce que l’on débouche à des centaines de pieds au-dessus de tout le monde, sur une saillie où il y ajuste la place de ses sabots. Alors, on s’arrête et on ne bouge plus… ne demandez jamais à un homme de vous tenir la tête, jeunesse… on ne bouge pas pendant qu’on visse les canons, et puis on regarde tomber parmi les hautes branches des arbres, très loin au-dessous, les petits obus pareils à des coquelicots.

"H'm!" said Billy; "it sounds very foolish. Knives are dirty things at any time. The proper thing to do is to climb up a mountain with a well-balanced saddle, hang on by all four feet and your ears too, and creep and crawl and wriggle along, till you come out hundreds of feet above any one else, on a ledge where there 's just room enough for your hoofs. Then you stand still and keep quiet,—never ask a man to hold your head, young 'un,—keep quiet while the guns are being put together, and then you watch the little poppy shells drop down into the tree-tops ever so far below."

— Vous ne buttez donc jamais ? demanda le cheval de troupe.

"Don't you ever trip?" said the troop-horse.

— On dit que lorsqu’un mulet bronche, on peut fendre une oreille de poule, répondit Billy. De temps en temps peut-être, une selle mal paquetée fera verser un mulet, mais c’est très rare. Je voudrais pouvoir vous apprendre notre métier. C’est une belle chose. Eh bien, il m’a fallu trois ans pour découvrir ce que les hommes me voulaient. Toute la science consiste à ne pas se détacher sur la ligne du ciel, parce, que si vous le faites, on peut tirer sur vous. Souvenez-vous de cela, jeunesse. Restez toujours caché le mieux possible, même s’il vous faut faire un détour d’un mille dans ce but. C’est moi qui conduis la batterie quand on en arrive à ce genre d’escalade.

"They say that when a mule trips you can split a hen's ear," said Billy. "Now and again per-haps a badly packed saddle will upset a mule, but it 's very seldom. I wish I could show you our business. It 's beautiful. Why, it took me three years to find out what the men were driving at. The science of the thing is never to show up against the sky-line, because, if you do, you may get fired at. Remember that, young 'un. Always keep hidden as much as possible, even if you have to go a mile out of your way. I lead the battery when it comes to that sort of climbing."

— Se laisser fusiller sans avoir une chance de courir sus aux gens qui tirent ? — dit le cheval de troupe, en réfléchissant profondément. — Je ne pourrais pas supporter cette idée. Je voudrais charger… avec Dick.

"Fired at without the chance of running into the people who are firing!" said the troop-horse, thinking hard. "I could n't stand that. I should want to charge, with Dick."

— Oh non, vous ne voudriez pas ; vous savez qu’aussitôt en position ce sont les canons qui font toute la charge. Voilà qui est scientifique et net ; mais, les couteaux… pouah !

"Oh no, you would n't; you know that as soon as the guns are in position they'll do all the charging. That 's scientific and neat; but knives—pah!"

Il y avait quelque temps que le chameau de convoi balançait sa tête de ci et de là, cherchant à glisser un mot dans la conversation. Et je l’entendis qui disait timidement, en toussant pour s’éclaircir la gorge :

The baggage-camel had been bobbing his head to and fro for some time past, anxious to get a word in edgeways. Then I heard him say, as he cleared his throat, nervously:

— J’ai… j’ai… j’ai fait un peu la guerre, mais ce n’était pas en grimpant, ni en courant comme cela.

"I—I—I have fought a little, but not in that climbing way or that running way."

— Non. Maintenant que vous le dites, repartit Billy, on s’en aperçoit. Vous n’avez pas beaucoup l’air de quelqu’un fait pour grimper ou courir… Eh bien, comment cela se passait-il pour vous, vieux ballot de foin ?

"No. Now you mention it," said Billy, "you don't look as though you were made for climbing or running—much. Well, how was it, old Hay-bales?"

— De la vraie manière, répondit le chameau. Nous nous couchions tous…

"The proper way" said the camel. "We all sat down—"

— Oh, Croupière et Martingale ! s’exclama le cheval de troupe entre ses dents. Couché !

"Oh, my crupper and breastplate!" said the troop-horse under his breath. "Sat down?"

— Nous nous couchions… une centaine, environ, continua le chameau, en un grand carré, et les hommes empilaient nos Kajawahs, nos charges et nos selles, en dehors du carré, et ils tiraient par-dessus notre dos… oui… de toutes les faces du carré.

"We sat down—a hundred of us," the camel went on, "in a big square, and the men piled our packs and saddles outside the square, and they fired over our backs, the men did, on all sides of the square."

— Quelle sorte d’hommes ? N’importe quels hommes au hasard ? demanda le cheval de troupe. On nous apprend à l’école du cavalier à nous coucher et à laisser nos maîtres tirer par-dessus nous, mais Dick Cunliffe est le seul homme en qui j’aurais confiance pour le faire. Cela me chatouille au passage des sangles et, en outre, je ne peux rien voir avec ma tête sur le sol.

"What sort of men? Any men that came along?" said the troop-horse. "They teach us in riding-school to lie down and let our masters fire across us, but Dick Cunliffe is the only man I 'd trust to do that. It tickles my girths, and, besides, I can't see with my head on the ground."

— Que vous importe qui tire par-dessus vous ? répondit le chameau. Il y a beaucoup d’hommes et beaucoup de chameaux tout près, et des masses de fumée. Je n’ai pas peur, alors. Je reste tranquille, et j’attends.

"What does it matter who fires across you?" said the camel. "There are plenty of men and plenty of other camels close by, and a great many clouds of smoke. I am not frightened then. I sit still and wait."

— Et cependant, dit Billy, vous faites de mauvais rêves, et vous bouleversez le camp la nuit… Eh bien ! Avant que je m’étende… je ne parle pas de me coucher… et que je laisse un homme tirer par-dessus mon corps, mes talons et sa tête auraient quelque chose à se dire. A-t-on jamais entendu parler de quelque chose de pareil ?

Il y eut un long silence. Puis, un des bœufs de batterie leva sa grosse tête pour dire :

"And yet," said Billy, "you dream bad dreams and upset the camp at night. Well! well! Before I 'd lie down, not to speak of sitting down, and let a man fire across me, my heels and his head would have something to say to each other. Did you ever hear anything so awful as that?" There was a long silence, and then one of the gun-bullocks lifted up his big head and said,

— Tout cela est vraiment fort absurde. Il n’y a qu’une manière de combattre.

"This is very foolish indeed. There is only one way of fighting."

— Oh ! allez-y, dit Billy. Je vous en prie, ne faites pas attention à moi. Je suppose que vous autres, vous combattez en vous tenant debout sur la queue ?

"Oh, go on," said Billy. "Please don't mind me. I suppose you fellows fight standing on your tails?"

— Une seule manière, — dirent-ils tous deux ensemble. (Ils devaient être jumeaux). — La voici : Mettre nos vingt attelages au gros canon aussitôt que Double-Queue commence à trompeter. (Double-Queue est le nom d’argot de camp par lequel on désigne l’éléphant.)

"Only one way," said the two together. (They must have been twins.) "This is that way. To put all twenty yoke of us to the big gun as soon as Two Tails trumpets." ("Two Tails" is camp slang for the elephant)

— Pourquoi Double-Queue trompette-t-il ? demanda le jeune mulet.

"What does Two Tails trumpet for?" said the young mule.

— Pour déclarer qu’il n’ira pas plus près de la fumée en face… Double-Queue est un grand poltron… Alors nous tirons tous ensemble le gros canon… Heya Hullah ! Heeyah ! Hullah ! Nous ne grimpons pas comme des chats ni ne courons comme des veaux. Nous allons à travers la plaine unie, les vingt jougs à la fois, jusqu’à ce qu’on nous dételle ; puis, nous paissons tandis que les gros canons causent à travers la plaine avec quelque ville derrière des murs de terre. Et des morceaux de mur s’écroulent, et la poussière s’élève comme si là-bas de grands troupeaux rentraient à l’étable.

"To show that he is not going any nearer to the smoke on the other side. Two Tails is a great coward. Then we tug the big gun all together—Heya—Hullah! Heeyah! Hullah! We do not climb like cats nor run like calves. We go across the level plain, twenty yoke of us, till we are unyoked again, and we graze while the big guns talk across the plain to some town with mud walls, and pieces of the wall fall out, and the dust goes up as though many cattle were coming home."

— Oh ! Et vous choisissez ce moment pour paître ? dit le jeune mulet.

"Oh! And you choose that time for grazing do you?" said the young mule.

— Ce moment ou un autre. Manger est toujours bon. Nous mangeons jusqu’à ce qu’on nous remette le joug, et tirons de nouveau le canon pour revenir où Double-Queue l’attend. Parfois, il y a dans la ville de gros canons qui répondent, et quelques-uns d’entre nous sont tués, mais alors, il y a plus à paître pour ceux qui restent. C’est le Destin… rien autre que le Destin… N’importe, Double-Queue est un grand poltron. Voilà la vraie manière de combattre… Nous sommes deux frères, nous venons de Hapur. Notre père était un taureau sacré de Shiva. Nous avons dit.

"That time or any other. Eating is always good. We eat till we are yoked up again and tug the gun back to where Two Tails is waiting for it. Sometimes there are big guns in the city that speak back, and some of us are killed, and then there is all the more grazing for those that are left. This is Fate—nothing but Fate. None the less, Two Tails is a great coward. That is the proper way to fight. We are brothers from Hapur. Our father was a sacred bull of Shiva. We have spoken."

— Eh bien, j’ai certainement appris quelque chose ce soir, dit le cheval de troupe. Est-ce que, Messieurs de la batterie des canons à vis, vous vous sentez enclins à manger quand on tire sur vous avec de gros canons, et que Double-Queue suit par derrière ?

"Well, I 've certainly learned something tonight," said the troop-horse. "Do you gentlemen of the screw-gun battery feel inclined to eat when you are being fired at with big guns, and Two Tails is behind you?"

— À peu près autant que nous nous sentons enclins à nous vautrer par terre et à laisser les hommes s’étaler sur nous, ou à courir parmi des gens à coutelas. Je n’ai jamais entendu pareilles billevesées. Une saillie de montagne, un fardeau bien équilibré, un conducteur à qui on puisse se fier pour vous laisser poser les pieds à votre choix, et je suis votre mulet ; mais… les autres choses… non ! dit Billy, en frappant du pied.

"About as much as we feel inclined to sit down and let men sprawl all over us, or run into people with knives. I never heard such stuff. A mountain ledge, a well-balanced load, a driver you can trust to let you pick your own way, and I 'm your mule; but the other things—no!" said Billy, with a stamp of his foot.

— Évidemment, dit le cheval de troupe, tout le monde n’est pas fait du même bois, et je vois bien que dans la famille, du côté de votre père, on devait être lent à comprendre beaucoup de choses.

"Of course," said the troop-horse, "every one is not made in the same way, and I can quite see that your family, on your father's side, would fail to understand a great many things."

— Ne vous occupez pas de la famille de mon père, — s’écria Billy avec colère ; car tous les mulets détestent s’entendre rappeler que leur père était un âne. — Mon père était un gentleman du Sud, qui n’aurait pas été en peine de mettre en loques n’importe quel cheval. N’oubliez pas cela, vous, gros Brumby !

"Never you mind my family on my father's side," said Billy angrily; for every mule hates to be reminded that his father was a donkey. "My father was a Southern gentleman, and he could pull down and bite and kick into rags every horse he came across. Remember that, you big brown Brumby!"

Brumby veut dire un cheval sauvage sans origine. Imaginez les sentiments d’Ormonde si un cheval d’omnibus le traitait de rosse, et vous pouvez vous figurer ce que ressentit le cheval australien. Je vis le blanc de ses yeux étinceler dans l’obscurité.

Brumby means wild horse without any breeding. Imagine the feelings of Sunol if a car-horse called her a "skate," and you can imagine how the Australian horse felt. I saw the white of his eye glitter in the dark.

— Dites donc, fils de baudet d’importation malagais, fit-il en serrant les dents, je vous apprendrai que je suis apparenté, du côté de ma mère, à Carbine, le vainqueur de la Coupe de Melbourne, et nous ne sommes pas habitués, dans mon pays, à nous laisser passer sur le ventre par un mulet à langue de perroquet et à tête de cochon dans une batterie de pétardières et de chasse-pois. Êtes-vous prêt ?

"See here, you son of an imported Malaga jackass," he said between his teeth, "I 'd have you know that I 'm related on my mother's side to Carbine, winner of the Melbourne Cup, and where I come from we are n't accustomed to being ridden over roughshod by any parrot-mouthed, pig-headed mule in a pop-gun pea-shooter battery. Are you ready?"

— Debout, sur les jambes de derrière ! brailla Billy.

Tous deux se cabrèrent face à face, et je m’attendais à un furieux combat, lorsqu’une voix gargouillante et qui roulait sourdement sortit de l’obscurité à droite.

— Enfants, qu’avez-vous à vous battre ? Calmez-vous.

"On your hind legs!" squealed Billy. They both reared up facing each other, and I was expecting a furious fight, when a gurgly, rumbly voice called out of the darkness to the right—"Children, what are you fighting about there? Be quiet."

Les deux bêtes retombèrent en renâclant de dégoût, car ni cheval ni mulet ne peut supporter la voix d’un éléphant.

Both beasts dropped down with a snort of disgust, for neither horse nor mule can bear to listen to an elephant's voice.

— C’est Double-Queue ! dit le cheval de troupe. Je ne peux pas le souffrir. Une queue à chaque bout, c’est trop.

"It 's Two Tails!" said the troop-horse. "I can't stand him. A tail at each end is n't fair!"

— Exactement mon avis, — dit Billy, en se pressant contre le cheval pour se rassurer. — Nous avons des points communs.

"My feelings exactly," said Billy, crowding into the troop-horse for company. "We 're very alike in some things."

— Je suppose que nous avons hérité ces points-là de nos mères, dit le cheval de troupe. Ce n’est pas la peine de se quereller là-dessus… Eh ! Double-Queue, êtes-vous attaché ?

"I suppose we 've inherited them from our mothers," said the troop-horse. "It 's not worth quarreling about. Hi! Two Tails, are you tied up?"

— Oui, — dit Double-Queue dont le rire roula tout le long de sa trompe… Je suis au piquet pour la nuit. J’ai entendu, ce que vous avez dit, vous autres. Mais n’ayez pas peur, je reste où je suis.

"Yes," said Two Tails, with a laugh all up his trunk. "I 'm picketed for the night. I 've heard what you fellows have been saying. But don't be afraid. I 'm not coming over."

Les bœufs et le chameau dirent, à mi-voix :

The bullocks and the camel said, half aloud:

— Peur de Double-Queue… quelle absurdité !

Et les bœufs continuèrent.

— Nous sommes fâchés que vous ayez entendu, mais c’est vrai. Double-Queue, pourquoi avez-vous peur des canons lorsqu’ils parlent ?

"Afraid of Two Tails—what nonsense!" And the bullocks went on: "We are sorry that you heard, but it is true. Two Tails, why are you afraid of the guns when they fire?"

— Eh bien, — dit Double-Queue, en frottant une de ses jambes de derrière contre l’autre, exactement comme un petit garçon qui récite une fable, — je ne sais pas tout à fait si vous comprendriez.

"Well," said Two Tails, rubbing one hind leg against the other, exactly like a little boy saying a piece, "I don't quite know whether you 'd understand."

— Nous ne comprenons pas, mais cependant il faut tirer jusqu’au bout les canons, dirent les bœufs.

"We don't, but we have to pull the guns," said the bullocks.

— Je le sais, et je sais aussi que vous êtes beaucoup plus braves que vous ne le pensez. Mais, pour moi, c’est différent. Le capitaine de ma batterie m’a appelé l’autre jour « Anachronisme Pachydermateux ».

"I know it, and I know you are a good deal braver than you think you are. But it 's different with me. My battery captain called me a Pachydermatous Anachronism the other day."

— C’est un autre moyen de combattre, je suppose ? — dit Billy, qui reprenait ses esprits.

"That 's another way of fighting, I suppose?" said Billy, who was recovering his spirits.

— Vous, vous ne savez pas ce que cela veut dire, naturellement. Moi, je le sais. Cela signifie : entre le zist et zest, et c’est juste où je suis. Je puis voir dans ma tête ce qui arrivera quand un obus éclate ; et vous autres, bœufs, vous ne pouvez pas.

"You don't know what that means, of course, but I do. It means betwixt and between, and that is just where I am. I can see inside my head what will happen when a shell bursts; and you bullocks can't."

— Moi je puis, dit le cheval de troupe… au moins un peu. J’essaie de n’y pas penser.

"I can," said the troop-horse. "At least a little bit. I try not to think about it."

— Je vois mieux que vous, et j’y pense, moi. J’ai plus de surface qu’un autre à préserver, et je sais que, lorsque je suis malade, personne ne connaît la manière de me soigner. Tout ce qu’ils peuvent faire est de suspendre la solde de mon cornac jusqu’à ce que je me remette, et je ne peux pas avoir confiance en mon cornac.

"I can see more than you, and I do think about it. I know there 's a great deal of me to take care of, and I know that nobody knows how to cure me when I 'm sick. All they can do is to stop my driver's pay till I get well, and I can't trust my driver."

— Ah ! dit le cheval de troupe. Cela explique tout. Je peux avoir confiance en Dick.

"Ah!" said the troop-horse. "That explains it. I can trust Dick."

— Vous pourriez mettre un régiment entier de Dicks sur mon dos, sans que je me comporte mieux. J’en sais juste assez pour me sentir mal à mon aise, et pas assez pour aller de l’avant malgré tout.

"You could put a whole regiment of Dicks on my back without making me feel any better. I know just enough to be uncomfortable, and not enough to go on in spite of it."

— Nous ne comprenons pas, dirent les bœufs.

"We do not understand," said the bullocks.

— Je sais que vous ne comprenez pas. Ce n’est pas à vous que je parle. Vous ne savez pas ce que c’est que du sang.

"I know you don't. I 'm not talking to you. You don't know what blood is."

— Oui, nous le savons, répliquèrent les bœufs. C’est une matière rouge qui imbibe la terre et qui sent.

"We do," said the bullocks. "It is red stuff that soaks into the ground and smells."

Le cheval de troupe lança une ruade, fit un bond, et s’ébroua.

The troop-horse gave a kick and a bound and a snort.

— Ne parlez pas de cela, dit-il. Je le sens d’ici, rien que d’y penser. Cela me donne envie de fuir… quand je n’ai pas Dick sur le dos.

"Don't talk of it," he said. "I can smell it now, just thinking of it. It makes me want to run—when I have n't Dick on my back."

— Mais il n’y en a pas ici, dirent le chameau et les bœufs. Pourquoi êtes-vous si stupide ?

"But it is not here," said the camel and the bullocks. "Why are you so stupid?"

— C’est une sale chose, dit Billy. Je n’ai pas envie de fuir, mais je n’aime pas en parler.

"It 's vile stuff," said Billy. "I don't want to run, but I don't want to talk about it."

— Vous y êtes ! — dit Double-Queue, en agitant sa queue pour expliquer.

"There you are!" said Two Tails, waving his tail to explain.

— Sûrement. Oui, nous avons été ici toute la nuit, dirent les bœufs.

"Surely. Yes, we have been here all night," said the bullocks.

Double-Queue frappa le sol du pied, en faisant résonner son anneau de fer.

— Oh, je ne vous parle pas, à vous. Vous ne pouvez pas voir à l’intérieur de vos têtes.

Two Tails stamped his foot till the iron ring on it jingled. "Oh, I 'm not talking to you. You can't see inside your heads."

— Non. Nous voyons par nos quatre yeux, dirent les bœufs. Nous voyons droit en face de nous.

"No. We see out of our four eyes," said the bullocks. "We see straight in front of us."

— Si je n’étais capable que de cela et de rien autre, vous n’auriez pas besoin de tirer les gros canons. Si j’étais comme mon capitaine… il peut voir des choses à l’intérieur de sa tête avant que ne commence le feu, et il tremble du haut en bas, mais il en sait trop pour fuir… si j’étais comme lui, je pourrais tirer les canons à votre place. Mais si j’étais aussi intelligent que tout cela, je ne serais jamais venu ici. Je serais roi dans la forêt, comme j’avais l’habitude de l’être, dormant la moitié du jour et me baignant lorsque cela me plaisait. Je n’ai pas pris un bon bain depuis un mois.

"If I could do that and nothing else you would n't be needed to pull the big guns at all. If I was like my captain—he can see things inside his head before the firing begins, and he shakes all over, but he knows too much to run away—if I was like him I could pull the guns. But if I were as wise as all that I should never be here. I should be a king in the forest, as I used to be, sleeping half the day and bathing when I liked. I have n't had a good bath for a month."

— Tout cela est très beau, dit Billy, mais il ne suffit pas de donner à une chose un nom qui n’en finit pas pour y changer quoi que ce soit.

"That 's all very fine," said Billy; "but giving a thing a long name does n't make it any better."

— Chut ! dit le cheval de troupe. Je crois que je comprends ce que Double-Queue veut dire.

"H'sh!" said the troop-horse. "I think I understand what Two Tails means."

— Vous comprendrez mieux dans une minute, dit Double-Queue en colère. Pour le moment, expliquez-moi pourquoi vous n’aimez pas ceci !

"You 'll understand better in a minute," said Two Tails angrily. "Now, just you explain to me why you don't like 'this!"

Il commença à trompeter furieusement de toute sa force.

He began trumpeting furiously at the top of his trumpet.

— Arrêtez ! dirent ensemble Billy et le cheval de troupe.

Et je pus les entendre trépigner et trembler. Le trompettement d’un éléphant est toujours désagréable, spécialement dans la nuit noire.

"Stop that!" said Billy and the troop-horse together, and I could hear them stamp and shiver. An elephant's trumpeting is always nasty, especially on a dark night.

— Je ne m’arrêterai pas, dit Double-Queue. Ne m’expliquerez-vous pas cela, s’il vous plaît ? Hhrrmph ! Rrrt ! Rrrmph ! Rrrhha !

Puis il s’arrêta tout à coup, et j’entendis dans l’obscurité une petite plainte qui m’apprit que Vixen m’avait enfin retrouvé. Elle savait aussi bien que moi que la chose au monde dont l’éléphant a le plus peur, c’est un petit chien qui aboie ; aussi, elle s’arrêta pour persécuter Double-Queue dans ses piquets, et jappa autour de ses gros pieds. Double-Queue s’agita, et cria :

— Allez-vous-en, petit chien ! Ne flairez pas mes chevilles, ou bien je vais vous donner un coup de pied. Bon petit chien… gentil petit chien… Là ! là ! Rentrez à la maison, vilaine petite bête jappante !… Oh, pourquoi personne ne l’enlève-t-il ? Il va me mordre dans une minute.

"I shan't stop," said Two Tails. "Won't you explain that, please? Hhrrmph! Rrrt! Rrrmph! Rrrhha!" Then he stopped suddenly, and I heard a little whimper in the dark, and knew that Vixen had found me at last. She knew as well as I did that if there is one thing in the world the elephant is more afraid of than another it is a little barking dog; so she stopped to bully Two Tails in his pickets, and yapped round his big feet. Two Tails shuffled and squeaked. "Go away, little dog!" he said. "Don't snuff at my ankles, or I 'll kick at you. Good little dog—nice little doggie, then! Go home, you yelping little beast! Oh, why does n't some one take her away? She 'll bite me in a minute."

— Paraît, dit Billy au cheval de troupe, que notre ami Double-Queue a peur à peu près de tout. À l’heure qu’il est, si on m’avait donné une pleine ration pour chaque chien auquel j’ai donné un coup de pied sur le champ de manœuvre, je serais presque aussi gros que Double-Queue.

"Seems to me," said Billy to the troop-horse, "that our friend Two Tails is afraid of most things. Now, if I had a full meal for every dog I 've kicked across the parade-ground, I should be as fat as Two Tails nearly."

Je sifflai, et Vixen courut à moi, toute crottée, me lécha le nez, et me raconta une longue histoire sur ses recherches pour me trouver à travers le camp. Je ne lui ai jamais laissé savoir que je comprenais le langage des bêtes, car elle aurait pris toutes sortes de libertés. Aussi je boutonnai sur elle le devant de mon pardessus, tandis que Double-Queue s’agitait, foulait le sol, et grondait en lui-même :

I whistled, and Vixen ran up to me, muddy all over, and licked my nose, and told me a long tale about hunting for me all through the camp. I never let her know that I understood beast talk, or she would have taken all sorts of liberties. So I buttoned her into the breast of my overcoat, and Two Tails shuffled and stamped and growled to himself.

— C’est extraordinaire ! Tout à fait extraordinaire ! C’est un mal qui court dans notre famille… Maintenant, où est passée cette sale petite bête ?

"Extraordinary! Most extraordinary!" he said. "It runs in our family. Now, where has that nasty little beast gone to?"

Je l’entendis tâter autour de lui avec sa trompe.

I heard him feeling about with his trunk.

— Je crois que nous avons tous nos faiblesses, chacun les siennes, — continua-t-il, en se mouchant.

— Tout à l’heure, vous autres, Messieurs, paraissiez alarmés, je crois, lorsque je trompetais.

"We all seem to be affected in various ways," he went on, blowing his nose. "Now, you gentlemen were alarmed, I believe, when I trumpeted."

— Pas exactement alarmés, dit le cheval de troupe, mais cela me faisait comme si j’avais eu des frelons à la place de ma selle. Ne recommencez pas.

"Not alarmed, exactly," said the troop-horse, "but it made me feel as though I had hornets where my saddle ought to be. Don't begin again."

— J’ai peur d’un petit chien, et le chameau qui est ici a peur de mauvais rêves dans la nuit.

"I 'm frightened of a little dog, and the camel here is frightened by bad dreams in the night."

— C’est très heureux pour nous que nous n’ayons pas à combattre tous de la même façon, dit le cheval de troupe.

"It is very lucky for us that we have n't all got to fight in the same way," said the troop-horse.

— Ce que je voudrais savoir, — dit le jeune mulet, qui avait gardé le silence pendant longtemps, — ce que je voudrais savoir, c’est pourquoi il nous faut combattre du tout.

"What I want to know," said the young mule, who had been quiet for a long time—"what I want to know is, why we have to fight at all."

— Parce qu’on nous le dit, fit le cheval de troupe, avec un ébrouement de mépris.

"Because we are told to," said the troop-horse, with a snort of contempt.

— Des ordres, dit Billy le mulet.

Et ses dents sonnèrent.

"Orders," said Billy the mule; and his teeth snapped.

— Hukm hai ! (c’est un ordre), dit le chameau avec un glouglou.

Et Double-Queue et les bœufs répétèrent :

— Hukm hai !

"Hukm hai!" (It is an order), said the camel with a gurgle; and Two Tails and the bullocks repeated, "Hukm hai!"

— Oui, mais qui donne les ordres ? demanda le mulet de recrue.

"Yes, but who gives the orders?" said the recruit-mule.

— L’homme qui marche à votre tête.

— Ou s’assoit sur votre dos.

— Ou tient la corde de votre nez.

— Ou vous tord la queue, dirent Billy, le cheval de troupe, le chameau et les bœufs l’un après l’autre.

"The man who walks at your head—Or sits on your back—Or holds the nose-rope—Or twists your tail," said Billy and the troop-horse and the camel and the bullocks one after the other.

— Mais, qui leur donne des ordres ?

"But who gives them the orders?"

— Voilà que vous voulez en savoir trop, jeunesse, dit Billy, et c’est le bon moyen de vous attirer un coup de pied. Tout ce que vous avez à faire est d’obéir à l’homme qui est à votre tête et sans faire de questions.

"Now you want to know too much, young un," said Billy, "and that is one way of getting kicked. All you have to do is to obey the man at your head and ask no questions."

— Il a raison, dit Double-Queue. Je ne peux pas toujours obéir, parce que je suis entre le zist et le zest ; mais Billy a raison. Obéissez à l’homme près de vous, qui donne l’ordre, ou bien vous arrêterez toute la batterie et vous serez rossé par-dessus le marché.

"He 's quite right," said Two Tails. "I can't always obey, because I 'm betwixt and between; but Billy 's right. Obey the man next to you who gives the order, or you 'll stop all the battery, besides getting a thrashing."

Les bœufs de batterie se levèrent pour s’en aller.

— Le matin vient, dirent-ils. Nous allons nous en retourner à nos lignes. C’est vrai que nous ne voyons que devant nos yeux, et que nous ne sommes pas très habiles ; mais nous sommes cependant les seuls, ce soir, qui n’ayons pas eu peur. Bonsoir, gens courageux.

The gun-bullocks got up to go. "Morning is coming," they said. "We will go back to our lines. It is true that we see only out of our eyes, and we are not very clever; but still, we are the only people to-night who have not been afraid. Good night, you brave people."

Personne ne répondit, et le cheval de troupe demanda, pour changer la conversation :

— Où est ce petit chien ? Un chien quelque part veut dire qu’il y a un homme.

Nobody answered, and the troop-horse said, to change the conversation, "Where 's that little dog? A dog means a man somewhere near."

— Je suis ici, jappa Vixen, sous la culasse du canon avec mon homme. C’est vous, grosse bête, gros étourneau de chameau, là-bas, c’est vous qui avez renversé notre tente. Mon homme est très en colère.

"Here I am," yapped Vixen, "under the gun-tail with my man. You big, blundering beast of a camel you, you upset our tent. My man 's very angry."

— Peuh ! dirent les bœufs. Il doit être blanc ?

"Phew!" said the bullocks. "He must be white?"

— Naturellement, il l’est, dit Vixen ; croyez-vous que c’est un bouvier noir qui prend soin de moi ?

"Of course he is," said Vixen. "Do you suppose I 'm looked after by a black bullock-driver?"

— Huah ! Ouach ! Ugh ! dirent les bœufs. Allons-nous-en promptement.

"Huah! Ouach! Ugh!" said the bullocks. "Let us get away quickly."

Ils plongèrent dans la boue, et firent si bien qu’ils enfilèrent leur joug dans le timon d’un caisson de munitions, où il resta fixé.

They plunged forward in the mud, and managed somehow to run their yoke on the pole of an ammunition-wagon, where it jammed.

— Maintenant, ça y est, dit Billy tranquillement ; ne vous débattez pas. Vous voilà en panne jusqu’au jour… Que diable vous prend-il ?

"Now you have done it," said Billy calmly.

"Don't struggle. You 're hung up till daylight. What on earth 's the matter?"

Les bœufs faisaient entendre les longs ronflements sifflants, familiers au bétail hindou, se poussaient, se bousculaient, tournaient sur eux-mêmes, piétinaient, glissaient, et finirent presque par tomber dans la boue, en grognant de fureur.

The bullocks went off into the long hissing snorts that Indian cattle give, and pushed and crowded and slued and stamped and slipped and nearly fell down in the mud, grunting savagely.

— Vous allez vous casser le cou d’ici un instant, dit le cheval de troupe. Qu’est-ce qui vous arrive lorsqu’on parle d’homme blanc ? Je vis avec eux.

"You 'll break your necks in a minute," said the troop-horse. "What 's the matter with white men? I live with 'em."

— Ils… nous… mangent ! Tire ! dit le bœuf qui était le plus près.

Le joug claqua avec un bruit sec, et ils disparurent lourdement.

"They—eat—us! Pull!" said the near bullock: the yoke snapped with a twang, and they lumbered off together.

Je ne savais pas auparavant ce qui épouvantait le bétail hindou à la vue des Anglais : Nous mangeons du bœuf !… viande à laquelle ne touche jamais un conducteur de bétail, et naturellement le bétail n’aime pas cela.

I never knew before what made Indian cattle so afraid of Englishmen. We eat beef—a thing that no cattle-driver touches—and of course the cattle do not like it.

— Qu’on me fouette avec mes chaînes de bât, si j’aurais pensé que deux gros blocs comme cela pouvaient perdre la tête ? dit Billy.

"May I be flogged with my own pad-chains! Who 'd have thought of two big lumps like those losing their heads?" said Billy.

— N’importe, je vais aller voir cet homme. La plupart des hommes blancs, je le sais, ont des choses dans leurs poches, dit le cheval de troupe.

"Never mind. I 'm going to look at this man. Most of the white men, I know, have things in their pockets," said the troop-horse.

— Je vous laisse alors. Je ne peux pas dire que je les aime plus que cela. D’ailleurs, les hommes blancs qui n’ont pas d’endroit pour dormir sont la plupart du temps des voleurs, et j’ai sur le dos pas mal de propriété du Gouvernement. Venez, jeunesse, et retournons à nos lignes. Bonne nuit, Australie. On vous verra à la parade demain, je suppose ? Bonne nuit, vieille balle de foin !… Tâchez de mettre un frein à vos sentiments, n’est-ce pas ? Bonne nuit, Double-Queue ! Si vous nous dépassez sur le terrain demain, ne trompetez pas. Cela dérange l’alignement.

"I ll leave you, then. I can't say I 'm over-fond of 'em myself. Besides, white men who have n't a place to sleep in are more than likely to be thieves, and I 've a good deal of Government property on my back. Come along, young 'un, and we 'll go back to our lines. Good-night, Australia! See you on parade to-morrow, I suppose. Good-night, old Hay-bale!—try to control your feelings, won't you? Good-night, Two Tails! If you pass us on the ground to-morrow, don't trumpet. It spoils our formation."

Billy le mulet s’en alla en clopinant de son pas à la fois boiteux et martial de vieux militaire ; la tête du cheval de troupe vint fouiller dans ma poitrine, et je lui donnai des biscuits, tandis que Vixen, qui est la plus vaine des petites chiennes, lui contait des mensonges au sujet des vingtaines de chevaux qu’elle et moi nous possédions.

Billy the mule stumped off with the swaggering limp of an old campaigner, as the troop-horse's head came nuzzling into my breast, and I gave him biscuits; while Vixen, who is a most conceited little dog, told him fibs about the scores of horses that she and I kept.

— J’irai à la parade demain dans mon dog-cart, dit-elle.

— Où serez-vous ?

"I 'm coming to the parade to-morrow in my dog-cart," she said. "Where will you be?"

— À la gauche du second escadron. C’est moi qui règle le pas pour toute ma troupe, ma petite dame, dit-il poliment. Maintenant, il me faut retourner auprès de Dick. Ma queue est toute crottée, et il va avoir deux heures de gros travail à me panser avant la parade.

"On the left hand of the second squadron. I set the time for all my troop, little lady," he said politely. "Now I must go back to Dick. My tail 's all muddy, and he 'll have two hours' hard work dressing me for the parade."

La grande revue de tous les trente mille hommes avait lieu dans l’après-midi, et Vixen et moi nous occupions une bonne place, tout près du Vice-Roi et de l’Émir d’Afghanistan. Celui-ci, coiffé d’un haut et gros bonnet d’astrakan noir, portait une grande étoile de diamants au milieu. La première partie de la revue fut radieuse, et les régiments défilèrent, vague sur vague de jambes se mouvant toutes ensemble et de fusils tous en ligne, jusqu’à nous brouiller les yeux. Puis, la Cavalerie arriva au son du magnifique galop de Bonnie Dundee, et Vixen dressa les oreilles à l’endroit où elle était assise dans le dog-cart. Le second escadron des Lanciers fila devant nous, et le cheval de troupe parut, la queue comme de la soie filée, faisant des courbettes, une oreille droite et l’autre couchée, réglant l’allure pour tout son escadron. Et ses jambes marchaient comme sur une mesure de valse. Puis vinrent les gros canons, et je vis Double-Queue et deux autres éléphants attelés de front à un canon de siège de quarante, tandis que vingt attelages de bœufs marchaient derrière. La septième paire avait un joug neuf, et paraissait plutôt raide et fatiguée. Enfin arrivèrent les canons à vis : Billy, le mulet, se comportait comme s’il eût commandé toutes les troupes, et son harnais était huilé et poli à faire cligner les yeux. J’applaudis, tout seul, Billy, le mulet, mais il n’aurait pour rien au monde regardé à droite ou à gauche.

The big parade of all the thirty thousand men was held that afternoon, and Vixen and I had a good place close to the Viceroy and the Amir of Afghanistan, with his high big black hat of astrakhan wool and the great diamond star in the center. The first part of the review was all sun-shine, and the regiments went by in wave upon wave of legs all moving together, and guns all in a line, till our eyes grew dizzy. Then the cavalry came up, to the beautiful cavalry canter of "Bonnie Dundee," and Vixen cocked her ear where she sat on the dog-cart. The second squadron of the lancers shot by, and there was the troop-horse, with his tail like spun silk, his head pulled into his breast, one ear forward and one back, setting the time for all his squadron, his legs going as smoothly as waltz-music. Then the big guns came by, and I saw Two Tails and two other elephants harnessed in line to a forty-pounder siege-gun while twenty yoke of oxen walked behind. The seventh pair had a new yoke, and they looked rather stiff and tired. Last came the screw-guns, and Billy the mule carried himself as though he commanded all the troops, and his harness was oiled and polished till it winked. I gave a cheer all by myself for Billy the mule, but he never looked right or left.

La pluie recommença à tomber, et, pendant quelque temps, il fit trop de brume pour voir ce que les troupes faisaient. Elles avaient formé un grand demi-cercle à travers la plaine, et se déployaient en ligne. Cette ligne s’allongea, s’allongea, et s’allongea, jusqu’à ce qu’elle eût trois quarts de mille d’une aile à l’autre — solide mur d’hommes, de chevaux et de fusils. Puis cela marcha droit sur le Vice-Roi et l’Émir, et à mesure que cela se rapprochait, le sol se mit à trembler, comme le pont d’un steamer lorsque les machines forcent la pression.

The rain began to fall again, and for a while it was too misty to see what the troops were doing. They had made a big half-circle across the plain, and were spreading out into a line. That line grew and grew and grew till it was three-quarters of a mile long from wing to wing—one solid wall of men, horses, and guns. Then it came on straight toward the Viceroy and the Amir, and as it got nearer the ground began to shake, like the deck of a steamer when the engines are going fast.

À moins d’avoir été là, vous ne pouvez imaginer quel effet effrayant cette arrivée en masse de troupes produit aux spectateurs, même lorsqu’ils savent que ce n’est qu’une revue. Je regardai l’Émir. Jusque-là il n’avait pas manifesté l’ombre d’un signe d’étonnement ou de quoi que ce fût ; mais alors ses yeux commencèrent à s’ouvrir de plus en plus, il rassembla les rênes de son cheval et regarda derrière lui. Un instant, il sembla sur le point de tirer son sabre et de se tailler une route à travers les Anglais, hommes et femmes, qui se trouvaient dans les voitures à l’arrière.

Enfin la marche en avant s’arrêta court, le sol cessa de trembler, la ligne tout entière salua, et trente musiques commencèrent à jouer ensemble. C’était la fin de la revue, et les régiments retournèrent à leurs camps sous la pluie, tandis qu’une musique d’infanterie se mettait à jouer :

Unless you have been there you cannot imagine what a frightening effect this steady come-down of troops has on the spectators, even when they know it is only a review. I looked at the Amir. Up till then he had not shown the shadow of a sign of astonishment or anything else; but now his eyes began to get bigger and bigger, and he picked up the reins on his horse's neck and looked behind him. For a minute it seemed as though he were going to draw his sword and slash his way out through the English men and women in the carriages at the back. Then the advance stopped dead, the ground stood still, the whole line saluted, and thirty bands began to play all together. That was the end of the review, and the regiments went off to their camps in the rain; and an infantry band struck up with—

Les animaux allaient deux par deux,
  Hourra !
Les animaux allaient deux par deux,
L’éléphant et le mulet de batterie,
Et ils entrèrent tous dans l’Arche
Pour se mettre à l’abri de la pluie !

The animals went in two by two,
    Hurrah!
The animals went in two by two,
The elephant and the battery mul',
and they all got into the Ark,
  For to get out of the rain!

J’entendis alors un vieux chef de l’Asie Centrale, à longue chevelure grise, qui était descendu avec l’Émir, poser des questions à un officier indigène.

Then I heard an old, grizzled, long-haired Central Asian chief, who had come down with the Amir, asking questions of a native officer.

— Maintenant, dit-il, comment est-on arrivé à cette chose étonnante ?

"Now," said he, "in what manner was this wonderful thing done?"

L’officier répondit :

— Un ordre a été donné, auquel on a obéi.

And the officer answered, "There was an order, and they obeyed."

— Mais les bêtes sont-elles donc aussi intelligentes que les hommes ? demanda le chef.

"But are the beasts as wise as the men?" said the chief.

— Elles obéissent, comme font les hommes : mulet, cheval, éléphant, ou bœuf, obéit à son conducteur, le conducteur à son sergent, le sergent à son lieutenant, le lieutenant à son capitaine, le capitaine à son major, le major à son colonel, le colonel au brigadier commandant trois régiments, le brigadier au général, qui obéit au Vice-Roi, qui est le serviteur de l’Impératrice. Voilà comment cela se fait.

"They obey, as the men do. Mule, horse, elephant, or bullock, he obeys his driver, and the driver his sergeant, and the sergeant his lieutenant, and the lieutenant his captain, and the captain his major, and the major his colonel, and the colonel his brigadier commanding three regiments, and the brigadier his general, who obeys the Viceroy, who is the servant of the Empress. Thus it is done."

— Je voudrais bien qu’il en soit de même en Afghanistan ! dit le chef ; car, là, nous n’obéissons qu’à notre propre volonté.

"Would it were so in Afghanistan!" said the chief; "for there we obey only our own wills."

— Et c’est pour cela, — dit l’officier indigène, en frisant sa moustache, — que votre Émir, auquel vous n’obéissez pas, doit venir ici prendre les ordres de notre Vice-Roi.

"And for that reason," said the native officer, twirling his mustache, "your Amir whom you do not obey must come here and take orders from our Viceroy."